Le plus vieux domaine de Quincy encore debout

Issu d’une famille de vignerons vierzonnais, André Trotereau s’installe à Quincy dans les années 1770 à la suite de son mariage avec Catherine Rousseau, elle-même issue d’une lignée de vignerons quincéens. En 1804, leur fils Étienne-Augustin reprend le domaine, marquant le début d’une transmission ininterrompue. Depuis lors, six générations se sont succédé à la tête de l’exploitation. Aujourd’hui, Pierre Ragon, qui a repris le domaine en 1973, incarne la sixième génération de cette grande famille de vignerons.

Le domaine Trotereau est le plus ancien domaine encore en activité à Quincy. Recherché bien au-delà des frontières, il se distingue par des rendements volontairement très faibles, largement inférieurs aux limites autorisées, et par des vendanges menées à pleine maturité, révélant toute la complexité et la profondeur du terroir. Entre 1940 et 1972, les vins du domaine figuraient déjà sur les plus grandes tables parisiennes, parmi lesquelles Taillevent, Le Doyen ou encore le Pavillon Dauphine.

Dès la fin du XIXᵉ siècle, le domaine se distingue dans différents concours et expositions viticoles.

Le vin du domaine est notamment primé en 1871 et en 1883 lors d’un concours organisé à Blois. Par ailleurs, en 1882, 1883 et 1885, le domaine Trotereau-Lapha reçoit une médaille d’argent pour ses vins rouges (!) et blancs à l’exposition de la Société d’horticulture et de viticulture du Cher.

Un extrait concernant le concours régional de Blois au printemps 1883 est particulièrement révélateur :

« En effet, au concours régional de Blois, du printemps 1883, seuls trois vignerons du Cher ont envoyé du vin, dont Trotereau-Lapha, de Quincy. Ce dernier obtient d’ailleurs une nouvelle médaille d’argent en présentant un vin blanc de 1876 (alors que nous sommes en 1883), ce qui tord le cou à l’idée reçue des vins à boire dans l’année… »

Cette citation résonne fortement avec l’ADN du domaine : déjà à l’époque, les vins de Quincy issus du domaine Trotereau démontraient une réelle capacité de garde. Une conviction que nous partageons toujours aujourd’hui — et qui nous pousse, nous aussi, à tordre le cou à l’idée selon laquelle le sauvignon se boit uniquement dans l’année !

Parmi les trésors du domaine figurent des vignes centenaires plantées en 1905. Chaque année, elles livrent des raisins d’une rare finesse et d’une subtilité incomparable.

Après 50 millésimes, Pierre demande à Augustin de reprendre le flambeau

Après cinquante millésime, le temps a fini par rattraper Pierre. La rude année 2021 l’a épuisé. Il comprend qu’il ne peut plus continuer seul, que la vigne a besoin d’un nouveau souffle. Un soir d’été, baigné de cette lumière douce que seuls les derniers jours d’aout savent offrir, il rejoint Augustin, qui termine tout juste ses études d’agriculture. Sans grands mots, mais avec une émotion discrète, il lui propose les clés de son univers, celui des terres, du vin et du temps qui passe.

Augustin et Pierre se connaissent depuis longtemps. C’est en réparant la 4L d’Augustin, alors âgé de 16 ans, qu’ils font réellement connaissance. Pierre lui apprend ensuite à conduire un enjambeur… avant, bien des années plus tard, de lui transmettre les gestes et les savoirs du métier de vigneron.

À la vigne comme à la cave, se côtoient ainsi la sagesse des vieux ceps et l’énergie des jeunes plantations, perpétuant un équilibre unique et précieux.